1857 - Les Médaillés de Sainte Hélène

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Il y a 160 ans, le 20 février 1858, des Beuvrageois recevaient la médaille de Sainte Hélène, créée par Napoléon III, elle récompense les 400.000 soldats encore vivants en 1857, qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815. Les Archives de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, installée dans l'hôtel de Salm, furent entièrement détruites au cours de l'incendie des 23 et 24 mai 1871. Il ne reste plus aujourd'hui, pour traiter de la question, que les pièces incomplètes, conservées dans les services d'Archives départementales. C’est en consultant les journaux d’époque 1857 à 1859, aux Archives Municipales de Valenciennes que des Beuvrageois ont été retrouvés.

Le Contexte historique

Napoléon III (1808-1873)

En 1857, le Second Empire décide de fêter les survivants des guerres napoléoniennes en instituant une nouvelle médaille civique en leur honneur consolidant les liens qui les unissent avec le reste de la société. Les médaillés de Sainte Hélène ont ainsi contribué à consolider le régime impérial, tout en illustrant la pérennité de la légende napoléonienne. La médaille de Sainte-Hélène récompense les 400 000 soldats (Français, Belges, Danois, Irlandais, etc.) encore vivants en 1857, qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792 à 1815.

Le 12 août 1857, soit trente-six années après la disparition de l’Empereur, Napoléon III prend un décret instituant une distinction destinée à récompenser tous les anciens soldats ayant servi sous la République et l’Empire. Ce décret, signé au Palais de Saint-Cloud et contresigné par le ministre d’Etat est publié le 13 août 1857 au Moniteur.

Les 20 et 28 août, deux décrets complémentaires sont publiés. Il précise que la distinction prend le nom de médaille de Sainte-Hélène. La médaille est fabriquée par l’administration des Monnaies et dessinée par le graveur général, Désiré-Albert Barre. Elle est considérée comme la première « médaille commémorative » française.

Pour solliciter la médaille et par conséquent l’obtenir, il faut impérativement avoir servi la République et l’Empire entre 1792 et 1815. Aucune durée minimum de service n’est requise. La demande doit être justifiée par un congé de libération ou un relevé des états de services. Dès la promulgation du décret, le ministre de la Guerre adresse aux préfets des instructions permettant aux autorités municipales, d'établir la liste communale des anciens militaires pouvant justifier de leurs titres ou faute de justificatifs de leurs services, ils indiquent le numéro de leur régiment et la date.

Le gouvernement souhaite hâter les formalités administratives. Par dépêche du 14 août, les préfets invitent les maires à dresser immédiatement et transmettre sans aucun délai, un état des militaires résidant dans leurs communes qui, ayant servi de 1792 à 1815, ont droit à la décoration que l'Empereur vient d'instituer.

La médaille de bronze, soutenue par un ruban vert doté de cinq rayures verticales rouge, est entourée d’une couronne de lauriers et surmontée de la couronne impériale. L’avers figure le profil de Napoléon 1er et sur l’envers sont gravés ses quelques mots : CAMPAGNES DE 1792 A 1815 A SES COMPAGNONS DE GLOIRE SA DERNIERE PENSEE. Ste HELENE 5 MAI 1821

Une boite blanche en carton contient la médaille accompagnée d’un diplôme indiquant le nom et le grade du titulaire, ainsi que l’unité dans laquelle il a servi. Enfin, il porte le numéro sous lequel ce diplôme est inscrit à de la Grande chancellerie de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur. A Paris, la première distribution s’est déroulée le dimanche 15 novembre 1857, jour de la fête de l’Impératrice et anniversaire de la bataille d’Arcole.

20 février 1858 : La première distribution à Valenciennes

Gravure de l’Hôtel de ville de Valenciennes en 1854 (A.M.V)
Le Théâtre de Valenciennes, vers 1900, détruit en 1940

En cette matinée presque glaciale du 20 février, d’abord annoncée sur la place d’armes, mais compte-tenue des conditions atmosphériques et de l’âge des récipiendaires, les autorités ont décidé que la réception se déroulerait à la salle de spectacle de la ville richement décorée. L’entrée, la façade et l’escalier du théâtre sont également décorés d’emblèmes et de trophées.

A midi et demi, des salves d’artillerie, tirées dans la cour de l’Hôtel de ville annoncent le commencement de la cérémonie. Les autorités viennent prendre place sur l’estrade où les sièges d’honneur leurs sont réservés : le Sous-préfet Lemasson, le Colonel de Lisleferme, commandant la place, les colonels des deux régiments de la garnison, le colonel Delphin Cassaignolles du 5ème Chasseurs et le colonel Jacques Alexandre Fauvart-Bastoul  du 36ème de Ligne, M. Lécuyer, président du tribunal civil, le maire de la ville Louis Bracq et les adjoints, suivent les officiers et les fonctionnaires en costume.

La musique communale ouvre la séance par l’exécution d’un air patriotique, les vieux soldats se rangent lentement dans l’enceinte du parquet et des galeries.

 

Le Sous-préfet Lemasson prend la parole. : « Il vient remettre au nom de l’Empereur la médaille de Sainte Hélène, distinction spéciale, signe d’honneur pour tous ceux qui ont combattu sous nos drapeaux de 1792 à 1815 … époque héroïque des temps modernes qui a vu s’accomplir les plus grands évènements militaires…. Le monde est resté ébloui par tant de gloire… et la France conserve comme son bien le plus précieux le souvenir des ces hauts faits d’armes … elle s’est acquittée envers vous et a exécuté les dernières volontés de votre ancien chef ».

Ces paroles prononcées d’une voix ferme sont accompagnées d’applaudissements. Les cris de ‘Vive l’Empereur’ retentissent pendant plusieurs minutes.

 

Le colonel de Lisleferme, décoré quelques semaines auparavant s’adresse à ses « chers frères d’armes… cette médaille vous serez fiers de la porter, elle sera un signe de ralliement et de dévouement à notre Empereur, Napoléon III …faisons parvenir jusqu’à lui les signes de notre reconnaissance … en criant fort, comme autrefois sur les champs de batailles quand nous enlevions une redoute eu une position : Vive l’Empereur ! »

M. Lécuyer, président du Tribunal civil dont les services comme magistrat datent du Premier Empire, prononce des paroles souvent interrompues par les cris de Vive l’Empereur ! 

 

La distribution des médailles commence ensuite, les vieux soldats appelés par communes défilent successivement devant les autorités et reçoivent leur distinction.

A mesure que les médaillés s’avancent, des jeunes enfants de troupe des régiments de la garnison, placés avec les sapeurs aux deux côtés de l’estrade, remettent à chacun des anciens un bouquet d’immortelles et de lauriers.

 

Près de 1.000 anciens ont été décorés lors de cette manifestation. Attardons-nous sur les Beuvrageois.

Beuvrages – A. Bassely. J.B. Chaumette. A.J. Souplé.

La liste supplémentaire parue le 10 juin 1858, signale les noms suivants

Beuvrages – A.J. Soupté. R. Coroënne. A. Michaux. 

Les Beuvrageois

Dans les Annales publiées en 1895 par Jules Lefebvre, maire de la commune, le paragraphe suivant se rapporte aux Beuvrageois décorés de la médaille de Sainte-Hélène.

1857. —Décret accordant une médaille, dite de Sainte-Hélène, aux anciens combattants de 1792 à 1815.

Quatre vieillards de Beuvrages reçoivent cette médaille en bronze, portant d'un côté l'effigie de l'empereur Napoléon Ier et de l'autre : « Campagnes de 1792 à 1815 : A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée. - 5 mai 1821 »

Le matin du 20 février 1858, il fait froid, nos « Vieillards » accompagnés de leurs familles partent pour Valenciennes. Le maire, Benoit Raa est décédé d’apoplexie le 24 janvier précédent, son successeur, Louis Leclainche mène la délégation.

La remise des médailles organisée par ordre alphabétique des communes de l’arrondissement, les Beuvrageois ont reçu leurs décorations parmi les premiers.

En février, les décorés ont respectivement Antoine Basily, 72 ans, Jean-Baptiste Chaumette, 78 ans, Romain Coroënne, 62 ans, Augustin Michaux, 63 ans et Adrien Soupté, 77 ans.

La musique et les sapeurs pompiers du village ramènent en cortège jusqu’à Beuvrages les anciens grognards, arborant la médaille de Sainte-Hélène sur leur poitrine, les bras chargés de fleurs, immortelles et lauriers. La soirée s’est terminée par un banquet où les cris de Vive l’Empereur !, ont résonné jusque tard dans la nuit.

Les listes de Valenciennes font état de cinq beuvrageois, les annales seulement de 4, en fait nos recherches s’orientent vers 6. Il convient d’ajouter Grégoire Monié, 70 ans. Les archives d’état civil mentionnent avec certitude dans l’acte de décès d’Antoine Basily et Grégoire Monié (Monier) étaient titulaire de la médaille de Sainte Hélène. Pourquoi Grégoire Monié ne figure-t-il pas sur les listes des décorés ? Un oubli du journal ?, Le récipiendaire malade ? auquel cas c’est le maire Louis Leclainche qui lui a remis ultérieurement, Non, il semblerait que Grégoire Monié était domicilié à Valenciennes à cette époque et présent, il a reçu sa décoration avec les Valenciennois. La pension au titre de la loi du 5 mai 1869 est destinée aux anciens militaires des guerres de la République et de l'Empire qui justifient, soit de deux années de service dans la période 1792-1815, soit de deux campagnes, soit d'une blessure, cette pension viagère d'un montant annuel de 250 francs a été accordée à 2.630 vétérans. Aucune mention particulière ne fait état de la décoration dans les actes de décès des trois autres médaillés. Quatre d’entre eux sont nés à Beuvrages, y ont vécu et y sont décédés, deux résident à Beuvrages mais n’y sont pas nés, ils y décèdent.

Qui étaient-ils ?

BASILY Antoine-Joseph né à Beuvrages le 28 juin 1775,  marié le 13 juin 1810 à Anzin avec Marie Catherine Foucart, née le 3 août 1769 à Beuvrages décédée le 11 juillet 1859 à Beuvrages. Il exerçait la profession de cultivateur. Le couple est sans descendance. Il était âgé de 72 ans en 1858 lors de la remise de décoration. Décédé à Beuvrages, le 20 novembre 1861 à l’âge de 76 ans

COROENNE Romain né à Beuvrages le 1793 marié le 25 mai 1829 à Beuvrages, avec Henriette Dussart née le 26 ventôse An III ( 1795) à Beuvrages décédée le 17 septembre 1872 à Beuvrages. Il exerçait la profession de charpentier de marine. Le couple a eu 9 enfants : Hélène en 1817, Virginie en 1819, Isabelle en 1823, Romain Adolphe en 1825, Marie Hortense en 1827, Clarisse en 1831, Adolphine en 1835, Henry en 1837 et Joachim en 1839. Il était âgé de 62 ans en 1858 lors de la remise de décoration. Décédé à Beuvrages, le 9 mars 1865 à l’âge de 71 ans.

MONIE Grégoire né à Beuvrages le 22 septembre 1793 marié le 21 février 1816 à Bergues avec Marie Françoise Tattaert née le 24 février1786 à Dunkerque décédée le 1 mai 1864 à Bergues. Dans l'acte de décès, il est dit que son mari est disparu depuis 35 ans (en 1829) remarié le 22 août 1864 avec Anne Joseph Baillet née le 20 octobre 1797 à Lameries (Vieux-Reng), Grégoire et ses témoins jurent que Tattaert Marie Françoise n'a pas été son épouse mais une connaissance. Il exerçait la profession de mineur, puis garde aux Mines d’Anzin, il habite Valenciennes. Il était âgé de 70 ans en 1858 lors de la remise de décoration Décédé à Beuvrages, le 20 septembre 1873 à l’âge de 81 ans SOUPTE Adrien né à Beuvrages le 10 mai 1781 célibataire il exerçait la profession de mineur Il était âgé de 77 ans en 1858 lors de la remise de décoration. Décédé à Beuvrages, le 10 août 1864 à l’âge de 83 ans.

Attardons-nous sur Romain Coroënne. Tout d’abord, rien ne prouve qu’il soit effectivement né à Beuvrages, son acte n’apparait pas en 1793. Lors de son mariage en avec Henriette Dussart le 25 mai 1829, il est fait mention d’un acte de notoriété adressé par le juge de Paix du canton de Valenciennes le 3 mai 1829 et homologué par le Président du Tribunal de Première instance. Son fils Joachim, né en 1839, marié à Rosalie Canonne a donné naissance à Fernand le 6 avril 1874. Soldat de 2ème classe, mobilisé le 2 août 1914 au 327ème régiment d’infanterie est tué le 6 octobre 1915 dans le secteur de Souain dans la Haute Marne. Mort pour la France, son nom est gravé sur le Monument aux Morts de la commune de Beuvrages. on frère Lucien Joachim, né le 6 mai 1879 appartenant au 1 régiment d’Artillerie à Pieds est prisonnier le 7 septembre 1914 lors du siège de Maubeuge. Il est incarcéré au camp de Munster II.

CHAUMETTE Jean-Baptiste né à Houplines le 25 mars 1781 marié le 6 mai 1818 à Steenvoorde avec Marie Jeine Verborgh née le 24 janvier 1791 à Houtkerque décédée 12 janvier 1862 à Beuvrages. Le couple a eu 4 enfants : François Louis en 1819, Henri Eugène en 1820, Adolphe César en 1822 et Marie Thérèse en 1824. il exerçait la profession de douanier. Il était âgé de 78 ans en 1858 lors de la remise de décoration. Décédé à Beuvrages, le 11 juin 1875 à l’âge de 94 ans.

MICHAUX Augustin Né à Chapelle-lez-Herlaimont (Belgique) en 1793 marié le 29 mai 1816 à Raismes avec Marie Angélique Paquet née le 16 août 1790 à Raismes décédée le 28 janvier 1863 à Beuvrages. Le couple a eu 9 enfants ; 9 filles toutes nées à Raismes : Marie Thérèse en 1817, Sophie en 1818, Emelie en 1820, Victoire en 1821, Virginie en 1823, Rosalie en 1825, Désirée en1829, Augustine en 1831 et Joséphine en 1835. il exerçait la profession de cloutier. Il était âgé de 63 ans en 1858 lors de la remise de décoration. Décédé à Beuvrages, le 23 avril 1874 à l’âge de 81 ans

Cette étude n’est pas exhaustive, il reste à travailler sur les régiments, et peut-être que d’autres Beuvrageois de naissance mais n’y résidents plus en 1857 ont été décorés tels que :

BERTIN François, né à Beuvrages le 30 janvier 1792 Marié le 12 novembre 1814 à Bruay avec Marie Devallez Décédé à Bruay le 2 décembre 1869, il était mineur.

DUSSART Jean-Baptiste, né à Beuvrages le 26 mai 1792 Célibataire. Décédé à Raismes le 8 mai 1862, il était cultivateur.

Sources

BEUVRAGES ET SON PASSE

Recherches historiques assurées par René Loutre Recherches Généalogiques assurées par Jean-Marie Plez

Sources :

Le Courrier du Nord 1857 et 1858 Bibliothèque de Valenciennes

L’Echo de la Frontière 1857 et 1858 Bibliothèque de Valenciennes

Archives Municipales de Valenciennes

Archives Municipales de Beuvrages

Les Annales de Beuvrages

Bulletin municipal de Saint-Saulve

La Légende napoléonienne sous le Second Empire : Les Médaillés de Sainte Hélène et la Fête du 15 août – revue Historique 2003/3 n° 627.

Curiosités historiques et militaires 1895-96 p.107

Les brevets des médailles commémoratives militaires du Second Empire par Cyrille Cordona.

Site Internet Military-photos

Sources :

Archives Départementales du Nord en ligne AGFH, Tables des actes B.M.S. et N.M.D. de Beuvrages (1722-An XIV) GénéaNet et Généalogie.com